J'ai retrouvé cet album vynil en parfait
état contre...1 euro !
Heureusement j'ai toujours ma vieille MKII qui trône dans
mon salon, là ou les branchouilles poseraient leur Mac ou leur
écran plasma.
Je me souviens de l'époque qui voyait s'empiler
les Thorens, Garard, Lenco... au fond des estancots des
dépôts-vente, espérant plus le dépôt de la poussière que la
vente.
En trente ans d'évolution technologique "multi-média"
(bon sang que ce terme est con !), je suis donc passé du
statut de ringard à un état qui prend des allures de
pré-snobisme en conservant cet objet que je n'ai cessé de chérir
malgré mes si nombreuses infidélités et passades d'un jour dans les
gourbis numériques. Dieu que j'ai pu passer pour
un benêt quand je poussais la porte des magasins audiophiles
de l'époque ! (beaucoup ont fermé depuis, par justice
immanente). Je faisais sourire alors, avec un air
condescendant, ces petits péteux qui n'auraient pas tenu deux
minutes de conversation avec un professionel de l'enregistrement.
On chantait à l'époque la naissance du numérique qui a
effectivement pris une place dans tous les sens du terme en nous
donnant accès à une belle profusion. Ce qui, sous
couvert d'un aspect pratique indéniable, a
permis néanmoins l'émergence d'une sou -culture qui frappait
au portail électronique.
Pour un euro ! Le paradis incontesté de ce groupe qui
esquisse déjà dans cet album la fin de cette période inimitable
par la synthèse de nombreuses années de recherche musicales
et d'exploration des techniques électroniques naissantes. Certains
prêtent à cet album les meilleurs morceaux (LE meilleur morceau )
du groupe. Ils ont probablement raison, mais je préfère garder la
satisfaction de penser que beaucoup d'autres le valent. Toujours
est-il que le système d'écoute analogique, ici indispensable à mes
yeux, surpasse inconditionnellement , car la comparaison est
possible, et historiquement, cela est une évidence, tous les
repiquages numériques que l'on peut avoir parfois la chance de
trouver dans les linéaires de cette instution culturelle médiocre
qu'est la Fnac.
Je savoure là les délices d'un fruit à pleine maturité du
groupe, en ayant pour moi la chance d'avoir pleinement et
suffisamment vécu cette période. Le fébrile et attentionné débalage
de l'objet fragile et coûteux. le petit craquement de la
pointe de la cellule attrapant le sillon. On voyait alors
"venir" le son. cela permettait de se préparer à "écouter".
Cela finissait par vous faire entendre. Cela me permet de
mesurer en bougonant la véracité de ce qui n'était alors
qu'une intuition. J'ai toujours défendu l'analogique moribond.
Vingt minutes d'écoute d'une plage était un luxe que l'on
s'octroyait religieusement, rituellement. Me savoir dans le
vrai me procure un plaisir indicible que n'entache même pas le
qualificatif de prétentieux dont on peut alors m'
affubler.
Heu...le disque?...Plutôt supérieur, mais ça je le savais
déjà !